L’expansion de la violence djihadiste du Sahel central vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest a profondément modifié le paysage sécuritaire de la région. La crise actuelle a débuté dans le nord du Mali en 2012, avant de s’étendre progressivement au centre du Mali, au Burkina Faso et au Niger.
Selon l’Acled (2025), les groupes armés ont exploité la faible présence de l’État, les griefs des populations locales et les réseaux transfrontaliers pour étendre leur influence.
La menace ne se limite désormais plus à l’intérieur du Sahel. La progression du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (Jnim) et des combattants affiliés à l’État islamique vers les zones frontalières des pays côtiers constitue une préoccupation majeure pour les États voisins.
La Côte d’Ivoire et le Ghana sont confrontés à des risques le long de leurs frontières septentrionales, même si leur situation ne saurait être assimilée aux insurrections persistantes qui frappent le Mali et le Burkina Faso.
Pour le Ghana, les conséquences sont à la fois territoriales et humaines. Les violences qui perdurent à Bawku trouvent leur origine dans un conflit de chefferie traditionnelle et des tensions communautaires ; elles ne doivent donc pas être qualifiées d’insurrection djihadiste. Néanmoins, l’instabilité à proximité de la frontière avec le Burkina Faso exerce une pression supplémentaire sur les institutions de sécurité et pourrait créer des opportunités pour les réseaux armés.
La vulnérabilité du Ghana est apparue de manière particulièrement tragique à la suite d’une attaque perpétrée à Titao, au Burkina Faso, le 14 février 2026. Huit ressortissants ghanéens ont finalement perdu la vie, tandis que les survivants blessés ont été évacués vers le Ghana.
Cet incident a démontré que les Ghanéens peuvent subir les conséquences de la violence sahélienne même lorsque les attaques se produisent au-delà des frontières nationales.
La théorie des complexes de sécurité régionaux permet de mieux comprendre cette dynamique : les préoccupations sécuritaires des États voisins sont étroitement liées, de sorte que l’instabilité dans un pays peut modifier les risques auxquels les autres sont confrontés (Buzan et Wæver, 2003).
Le Ghana doit donc renforcer durablement le partage de renseignements et la coopération frontalière, tout en poursuivant ses efforts pour résoudre les conflits locaux et consolider la confiance de la population envers les institutions.
Le Ghana a également entrepris de développer sa coopération sécuritaire avec la Russie. Lors de discussions tenues à Moscou en août 2026, le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a plaidé en faveur d’une réponse africaine au terrorisme et à l’extrémisme violent au Sahel, avec le soutien de la Russie.
En septembre, des représentants des ministères de la Défense ghanéen et russe ont discuté d’un élargissement de leur coopération en matière de formation et de renforcement des capacités. Ils ont également envisagé la conclusion d’un protocole d’accord destiné à formaliser leur future coopération.
Ces échanges pourraient contribuer à renforcer les capacités sécuritaires du Ghana. Toutefois, le protocole d’accord envisagé ne doit être confondu ni avec un accord déjà signé ni avec un programme opérationnel de lutte contre le terrorisme.
La propagation de la violence vers le sud ne signifie pas qu’une attaque djihadiste au Ghana soit inévitable. Elle rend néanmoins les efforts de prévention plus urgents.
Une réponse efficace doit associer la coordination régionale, une coopération extérieure clairement définie, une gouvernance crédible et la résolution des conflits au sein des communautés frontalières vulnérables.
Par Yushawu Abubakari
Analyste politique, sociologue résident au Ghana








